A l’aube de l’humanité, sa famille était une horde de chasseurs, se déplaçant sans arrêt pour traquer le gibier. L’unique but était la survie, et Il essayait de fabriquer des armes toujours plus efficaces, pour lui et ses compagnons. Les femelles les suivaient de loin, accompagnées de leurs petits. Elles ne s’approchaient que lorsque l’animal avait été tué, pour le dépecer et découper la viande. Les peaux bien nettoyées et séchées servaient à se protéger du froid.
« Elle » vivait dans une tribu sédentaire. Les siens construisaient des huttes rudimentaires pour s’abriter, ils avaient appris à semer et se nourrissaient de leur récolte et de la pêche. Le clan était paisible mais toujours prêt à se défendre, les dangers ne manquaient pas, et c’est muni de lances de bois que les hommes accueillirent les chasseurs qui voulaient traverser leur petite cité.
Lorsqu’il croisa son regard, il sut qu’il était arrivé. C’est comme s’il l’avait recherchée de tout temps. Elle ne put s’empêcher d’aller vers Lui. Yeux dans les yeux, ils se reconnaissaient tout deux. Les membres des deux tribus sentirent instinctivement qu’il se passait quelque chose de rare, de magique et personne n’osa s’interposer. Tous baissèrent leurs armes, comme si l’instant devait à jamais être la signature d’un traité de paix.
Et ce fut dans le plus parfait accord que les deux peuples vécurent, chacun apportant son savoir à l’autre. « Il » et sa tribu apprirent à semer, à pêcher, à construire des cahutes, auxquelles ils apportèrent même quelques améliorations, pour les rendre plus solides. Il eut l’idée de les bâtir les unes contre les autres, formant un cercle qui constituait une cour centrale, où les petits étaient à l’abri des bêtes sauvages. Le village, bordé au Sud par une rivière, était caché côté Nord par une immense forêt regorgeant de gibier, où l’autre clan s’initiait à la fabrication des armes et à l’art de la chasse.
Il se sentait très heureux auprès d’Elle, si heureux que chaque jour, à l’aurore, il se mit à vénérer le soleil comme un merci à la nature, au hasard qui l’avait mené jusque là. Un rite suivi par la cueillette de quelques fleurs dont elle parait sa chevelure sombre. Elle ressentait son
compagnon comme son double, et souvent ils leur arrivaient de se comprendre en échangeant un seul regard.
Puis son ventre commença à s’arrondir et elle vit dans les yeux d’Il, l’éclat de ce que nous appelons aujourd’hui l’amour. Les mois passèrent et lorsque le moment vint de donner la vie, Elle perdit la sienne.
Fou de douleur, Il refusa d’abandonner sa dépouille aux animaux, et il creusa une fosse suffisamment profonde où il l’installa, avec le petit qui n’avait survécu à sa mère que quelques heures. Il la recouvrit de fleurs, puis de terre, et enfin protégea le tout de grosses pierres.
Il faisait peur à toute la communauté et ses compagnons le fuyaient. Les hommes du village tinrent conseil et décidèrent de l’exclure. Et il partit, le cœur empli de haine, bien décidé à se venger.
Une nuit pourtant, elle lui apparut en rêve, souriante, si vivante, et il comprit qu’ils seraient à nouveau bientôt réunis. Il ne savait pas d’où lui venait cette certitude, mais en lui était né cet espoir, que les dangers et les difficultés de sa vie solitaire ne pouvaient ébranler.
Et c’est fort de cet espoir qu’il rejoint le village où il fut accueilli par des jets de pierres : personne n’avait oublié sa fureur passée et son bannissement. Et c’est là, à l’endroit même où il avait vu sa compagne pour la première fois qu’il s’effondra, mortellement blessé…
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22/10/2009 @ 10:30:37
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